À quoi sert «16 jours»?: Réflexion sur le rôle des campagnes de sensibilisation et de communication

Rédigé par Anik Gevers et Elizabeth Dartnall

C’est l'aboutissement d’une autre série de 16 jours d’activisme pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles. Depuis près de 3 décennies, la fin de l'année devient une période riche en activités dont l’objectif est sensibiliser l’opinion publique au problème mondial qu’est la violence à l'égard des femmes et des filles.

La principale critique à ces 16 jours d'activisme pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles est que 16 jours par an ne suffisent pas. Nous avons besoin de 365 jours (ou 366 jours par année bissextile) d'actions engagées pour y mettre terme en construisant à travers le monde des sociétés sûres, équitables et inclusives pour que les femmes, les filles et tous les groupes vulnérables puissent y vivre pleinement. Et pourtant, cette campagne de  «16 jours» persiste et il semble que chaque année, les activités durant cette période se multiplient, font beaucoup de bruit et utilisent de plus en plus de plus ressources.

De nombreuses personnes et groupes travaillent sans relâche tout au long de l'année pour lutter contre la violence envers les femmes et la violence envers les filles; il s’agit en particulier de comprendre les démarches effectives pour prévenir et répondre efficacement à cette violence. C’est extrêmement gratifiant de voir comment notre compréhension et connaissances sont à la pointe en terme de prévention en s'attaquant aux facteurs de cause et de risque sous-jacents de cette violence avant qu’elle ne déferle.

Nous en savons également plus sur ce qui est inefficace. L'une des principales conclusions des évaluations de recherche est que les campagnes de sensibilisation et de communication ne mettent pas fin à la violence contre les femmes et les filles. Cependant, même face à ces évidences, de larges quantités de ressources (argent, temps, énergie) sont consacrées aux «16 jours» de campagnes de sensibilisation et de communication. Ces événements contribuent-ils à améliorer la qualité de vie des femmes et des filles, en mettant fin à la violence?

La participation à la campagne des «16 jours» semble être devenue obligatoire pour les principales parties prenantes qui travaillent sur les questions de violence à l'égard des femmes et des filles tout au long de l'année. Bien que ça ne soit pas la meilleure utilisation de notre énergie, de notre temps et de notre argent, on ressent une forte pression pour participer à cette campagne mondiale. Par conséquent, nous nous demandons si cette impressions est partagée par d’autres?  S’investir dans le domaine de la violence est une tâche difficile au quotidien et le poids de ces travaux se fait ressentir bien plus lourdement à la fin de l'année. Beaucoup d'entre nous sont épuisés au moment lors du lancement de la campagne «16 jours».  Est-ce la situation idéale pour participer à une campagne exigeant de l’attention, de la compassion et de la bienveillance ?

Il ne s’agit pas non plus d’abandonner entièrement les campagnes de sensibilisation et de communication car ce n’est pas ce que les évidences suggèrent. La sensibilisation et la communication doivent faire partie des interventions à composantes multiples et devraient jouer au sein de celles-ci, un rôle supplémentaire par rapport aux autres composantes reconnues; par exemple, améliorer la compréhension des problèmes et de ce qui doit changer, encourager les gens à participer à un programme de changement de comportement et un changement social, ou comme initiative de rassemblement pour les gens et leur montrer qu'ils ne sont pas seuls dans leurs idées et pratiques transformatrices. En complément, leur rôle devrait être proportionnel aux composants efficaces de base.

Nous sommes des chercheurs et nous voulons donc que les données orientent nos décisions, y compris la manière dont nous gérons les diverses ressources. Nous devons nous engager dans une évaluation rigoureuse des activités de 16 jours pour comprendre si elles sont efficaces.

Une évaluation récente de la campagne 16 jours, montre que nombreux se demandent si de telles approches ont un impact sur la violence envers les femmes et la violence envers les filles aux niveaux mondial, régional, national et local, et soulignent les difficultés que rencontrent les organisations pour mobiliser des ressources pour offrir des activités de «16 jours».

«Certains participants à la campagne « 16 jours » se demandent à long terme s'ils suivent une routine familière et si leurs années d'activisme font une différence.»

«Au niveau local, il peut être difficile de consacrer ou de collecter des fonds pour une initiative ponctuelle, en particulier celles qui n'ont pas de programme spécifique contre la violence basée sur le genre ».

Il faut donc se poser la question - peut-être dérangeante - de savoir si les énormes investissements dans les activités des «16 jours» devenus norme sur le terrain génèrent des changements qui justifient les coûts. Comment les politiques de lutte contre la violence envers les femmes et la violence envers les filles se sont-elles améliorées? Comment le financement de la lutte contre la violence envers les femmes et la violence envers les filles a-t-il augmenté et a-t-il été utilisé de manière efficace et éthique? La violence envers les femmes et la violence envers les filles diminue-t-elle ou s'arrête-t-elle réellement? La vie des femmes et des filles s’améliore-t-elle et comment?

Peut-être que le but des «16 jours» est pour nous, en tant que domaine, de réfléchir et de célébrer les enseignements tirés et les actions réalisées au cours de l'année passée en abordant efficacement la question de la violence envers les femmes et la violence envers les filles. Nous devons alors voir davantage d’efforts axés sur la réflexion, l’attention et la célébration, ainsi que sur la définition d’objectifs et de priorités stratégiques pour l’année à venir que nous évaluerons lors des «16 jours» de l’année suivante. Et les ressources affectées à cet objectif devraient également représenter une proportion plus modeste des  travaux réels.

Devrions-nous considérer qu'une partie plus ou moins importante des ressources consacrées aux activités des «16 jours» serait allouée de manière plus déontologique et plus effective sur des stratégies fondées sur des preuves qui réduiront en fait et élimineront finalement la violence envers les femmes et la violence envers les filles à travers le monde? Nous devons veiller à ce que «16 jours» ne monopolise pas plus d’attention et de ressources que le travail qui créera un changement réel et durable pour les femmes et les filles, en particulier les femmes et les filles les plus vulnérables dans le monde.

Que pensez-vous des coûts et des avantages des activités des «16 jours»? N'hésitez pas à partager votre opinion sur à svri@svri.org.

Lire en:

        

Citation suggérée:

Gevers, A. & Dartnall, E. (2020). À quoi sert «16 jours»?: Réflexion sur le rôle des campagnes de sensibilisation et de communication. Blog SVRI. <insérer le lien ici>. Consulté le: <insérer la date ici>

Ce blog a été évalué par des pairs.

 

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